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La gauche a perdu ses bottes en foulant les salons bio

Il fut un temps où la gauche sentait la poudre, la grève générale et la révolution. Ses héros n’étaient pas imprimés sur des tee-shirts made in Bangladesh, ils étaient dans les têtes et dans les rues, levant le poing, rêvant d’un monde à renverser.

Aujourd’hui ? Quand on demande aux jeunes ce qu’évoque la gauche, on récolte des images de brunchs véganes, d’écriture inclusive obligatoire et de débats interminables sur le tri des déchets en milieu urbain. La lutte des classes a été troquée contre le combat pour le quinoa équitable.

Ce n’est pas juste une affaire de perception. La gauche a réellement changé de priorités : elle parle beaucoup de symboles et de mœurs, beaucoup moins de salaires, de logements, de dignité. Elle a quitté les usines pour les ateliers de développement personnel, croyant qu’on allait refaire la société à coups de conférences TEDx.

Pendant ce temps, une droite populiste, xénophobe et chauvine, occupe le terrain abandonné. Elle ne propose pas un monde meilleur, elle promet juste de désigner un coupable. Et faute d’un discours clair et enraciné à gauche, certains jeunes, lassés d’être pris de haut, prêtent une oreille.

J’écris cela avec tristesse, pas par rancœur. Parce que j’y ai cru. Parce que j’aimerais pouvoir y croire encore. Mais aujourd’hui, la gauche devra faire bien plus que publier des slogans sur Instagram pour retrouver ceux qu’elle a laissés sur le bord du chemin.

2 réponses à « La gauche a perdu ses bottes en foulant les salons bio »

  1. Avatar de Nazih Hachaichi (‫مخ الهدرة‬‎)
    Nazih Hachaichi (‫مخ الهدرة‬‎)

    Très bel article mon ami.

    Je pense que le concept de gauche – invention post soixantehuitarde et postsoviétique – est en lui même problématique. En effet la gauche n’est en réalité aujourd’hui qu’une sorte de libéralisme des moeurs au service du marchée où la liberté est remplacée par le désir, le désir par l’acte d’achat comme dirait Michel Clouscard dans son bouquin « Le Capitalisme de la Séduction ».

    Moi je fais désormais attention à ne jamais me définir comme « De Gauche » mais plutot comme « socialiste scientifique ». Là au moins il n’y a pas de confusion.

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    1. Avatar de Le Nexialiste

      Merci beaucoup pour ce retour pertinent, mon ami.Effectivement, la « gauche » est devenue une étiquette étrange : elle a progressivement remplacé Marx par Lacan, l’ouvrier par le consommateur, et la lutte des classes par des débats sur les pronoms. Tu as raison : aujourd’hui, c’est surtout un libéralisme festif maquillé en progrès moral, une vaste opération de marketing politique où l’on vend la révolution en format équitable et biodégradable.Quant à ton choix du « socialisme scientifique », il est d’une honnêteté louable, bien qu’il faille admettre qu’il se fasse rare, tant la science politique semble s’être dissoute dans les likes de Twitter. Peut-être devrions-nous envisager un nouveau concept : le « réalisme désabusé », seule posture politique capable de survivre à notre époque sans devenir une marchandise.En attendant cette improbable renaissance conceptuelle, nous continuerons à sourire en coin en regardant le spectacle désolant de ce capitalisme de la séduction dont Clouscard avait déjà tout compris.Au plaisir d’échanger à nouveau, camarade !

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