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Le dieu de l’athéisme

À la demande d’un ami musicien — Nazim, guitariste capable de faire sortir d’une corde un discours plus convaincant qu’une heure de colloque universitaire — je me penche sur une idée qui claque : « La science prend-elle trop de place à notre époque. »

Et, oui, sur ce point, il a raison.
On fait appel à la science pour tout : justifier une réforme économique, trancher un débat politique, arbitrer une querelle morale, ou simplement clouer le bec à un contradicteur un peu trop bruyant. On ne dit plus « Dieu l’a voulu », mais « les études le prouvent ». Le dogme a changé de costume : fini la soutane, place à la blouse blanche.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas la science qui devient religion. Elle, dans son essence, reste limpide. Elle observe, doute, teste, corrige. Elle ne promet aucune vérité éternelle, elle se contente d’avancer pas à pas, d’erreur en rectification. La science n’a rien d’un temple ; elle est un chantier permanent.

Le religieux commence quand on l’utilise comme argument d’autorité. Quand un politique, un « expert » médiatique ou un prix Nobel en mal de notoriété assène un « c’est scientifique » comme une vérité définitive, sans discussion possible. C’est là que la comparaison avec la religion devient pertinente : non pas parce que la science serait une foi, mais parce qu’on la manipule comme telle, pour imposer silence et soumission.

Résultat : une hypothèse fragile devient loi morale, une étude approximative se transforme en commandement divin, et celui qui doute se retrouve excommunié — hérétique, complotiste, blasphémateur. On a recréé l’Inquisition, mais avec des courbes Excel et des plateaux télé.

Et malgré tout… si je dois choisir un dieu, je préfère celui-là. Parce que, même malmenée par ses faux prêtres, la science garde une vertu unique : elle accepte la contradiction. Elle avance grâce à ses erreurs. Elle canonise le doute. Et ça, aucune Église, aucun Livre sacré, aucune secte n’a jamais osé le faire.

Alors oui, Nazim, tu as raison : la science occupe une place excessive, parce qu’on la convoque partout, même là où elle n’a rien à dire. Mais la faute n’est pas la sienne : ce sont les hommes qui, incapables de vivre sans certitudes, ont besoin de transformer un outil de connaissance en dogme de substitution.

La musique, elle, a l’élégance de se passer de tout ça. Elle touche au divin sans imposer ni temple, ni clergé, ni catéchisme. La science, de son côté, offre une autre forme de transcendance : non pas par l’harmonie, mais par la rigueur, le doute et la capacité d’apprendre de ses erreurs.

Alors si je dois m’agenouiller quelque part, ce sera volontiers devant les deux : une équation révisable et une improvisation de guitare, une hypothèse corrigée et un solo enivrant. Et pour accompagner cette messe iconoclaste, pas d’orgue solennel : je choisis Nazim, guitare électrique en main, pour faire résonner les psaumes hérétiques de ce double culte.

2 réponses à « Le dieu de l’athéisme »

  1. Avatar de Nazih Hachaichi (‫مخ الهدرة‬‎)
    Nazih Hachaichi (‫مخ الهدرة‬‎)

    C’est pour ça que je pense qu’il est plus pertinent de lutter contre les modalités de croyances dogmatiques, plutôt que d’avoir des positions ad nutum allergiques vis-à-vis des sciences ou des religions comme modalités de compréhension relative du monde.

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    1. Avatar de Le Nexialiste

      Je te rejoins entièrement sur le fond — à ceci près que la lutte contre les modalités dogmatiques suppose d’abord de les reconnaître. Or notre époque est championne dans l’art de s’aveugler en se prétendant éclairée. On a remplacé les hosties par des graphiques et les miracles par des modèles prédictifs, mais le réflexe d’adoration est resté intact.

      Je ne suis pas allergique ni à la science, ni à la religion ; je suis allergique à leur instrumentalisation. Le problème n’est pas de croire, c’est de croire qu’on ne croit plus. Les scientistes comme les mystiques partagent souvent la même foi aveugle — simplement, les uns croient en Dieu, les autres croient en leurs équations.

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