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Trump et les tarifs : chroniques d’un duel contre le réel

Il est revenu, avec ses promesses ravalées, ses ennemis désignés et ses obsessions intactes. Parmi elles : les tarifs douaniers. Instruments économiques pour certains, objets de vengeance sacrée pour lui. Car pour Trump, le commerce n’est pas un échange, c’est une guerre. Une guerre juste, morale, et rentable – du moins en apparence.

Sous couvert de « protéger l’industrie américaine », les droits de douane sont devenus des projectiles symboliques. L’acier chinois ? Taxé. Les machines européennes ? Punies. Le Canada ? Soupçonné. Le monde ? Coupable. Chaque taxe est un tweet déguisé, chaque surtaxe un message électoral, chaque mesure un spectacle.

Mais dans ce théâtre du protectionnisme, les coulisses grincent. Les agriculteurs, frappés par les représailles chinoises, se demandent pourquoi le patriotisme coûte aussi cher. Les industriels, pris entre hausses de prix et incertitudes, hésitent à applaudir. Les consommateurs, eux, paient plus — mais au nom de l’Amérique, n’est-ce pas un devoir civique ?

Le plus fascinant, dans ce jeu de dupes, c’est l’oubli délibéré de la complexité. Trump ne vend pas des politiques : il vend des sensations. Il ne gouverne pas une économie : il affronte un récit. Et dans ce récit, tout obstacle est trahison, toute opposition est faiblesse, toute nuance est suspecte.

Bien sûr, les économistes hurlent. Mais ce ne sont pas eux que Trump écoute — ce sont les foules. Et tant que l’on confondra le fracas avec la force, les chiffres avec la foi, et la taxe avec la gloire, l’illusion tiendra.

Elle coûte cher, cette illusion. Mais elle a le mérite d’être simple. Comme une gifle bien cadrée dans une émission de télé-réalité.

2 réponses à « Trump et les tarifs : chroniques d’un duel contre le réel »

  1. Avatar de Nazih Hachaichi (‫مخ الهدرة‬‎)
    Nazih Hachaichi (‫مخ الهدرة‬‎)

    Bel article très pertinent.

    Le jeu le plus dangereux de Trump, je pense, dont très peu de gens parviennent à clairement conscientiser, c’est le processus de démondialisation impériale qu’il a engagé.

    Démondialisation impériale ? N’est ce pas une sacrée antinomie celle là ? Et bah non ! En effet Trump a eu l’intuition de comprendre que la mondialisation occidentale a entraîné avec le temps l’agrégation d’un impérialisme antimondialiste et antioccidental consacré par l’union de l’ultrapuissance économique chinoise et l’ultrapuissance militaire russe.

    Face à un monde occidental en perte de vitesse sur le plan paradigmatique, après la Nakba, la guerre civile libanaise, la révolution islamique d’Iran, l’invasion de l’Afghanistan, la première inthidadha, la chute du mur de Berlin, la guerre des balkans, le 11 septembre, la deuxième intifadha, la guerre en Irak, la guerre en Afghanistan, la crise des subprimes, la guerre en Libye, la guerre au Yemen, la guerre en Syrie, la guerre en ukraine et la dernière en date et pas des moindres la guerre à Gaza après le 07 octobre, les « valeurs » promues après la seconde guerre mondiale et le procès de Nuremburg sont d’ores et déjà mises à défaut par la désillusion totale et générale des peuples du sud, de l’est et de l’orient.

    En démondialisant impérialement le monde, Trump veut démolir l’occident afin de desceller les coalisions périphériques agrégées contre lui, ce qui par ricochet permetterait de maintenir les States comme seule et unique pusisance mondiale du monde occidental, et ainsi isoler la Chine en concentrant tout le potentiel belliqueux des states sur le moyen orient (Palestine et Iran) en faveur d’Israël, sur la Chine en faveur des Etats Unis d’Amérique.

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  2. Avatar de Le Nexialiste

    Merci pour ce commentaire dense et stimulant, cher ami.En effet, « démondialisation impériale » est une formule délicieusement paradoxale, et donc nécessairement suspecte : Trump, en grand stratège qu’il se rêve être, semble avoir choisi d’abandonner les règles du Monopoly global pour une partie plus brutale de Risk. Mais sa prétendue intuition géopolitique ressemble plutôt à du hasard compulsif, façon « roulette russe économique », avec une balle réelle nommée « guerre commerciale » prête à partir à tout instant.Tu as sans doute raison de souligner qu’il cherche à fracturer le bloc sino-russe en poussant chacun à choisir son camp. Mais ce pari audacieux rappelle étrangement ces parties d’échecs où le joueur, après avoir oublié son fou en prise, déclare soudain : « C’était calculé. » La stratégie trumpienne, c’est souvent de la tactique déguisée en improvisation—et inversement.Quant au constat, lucide, que l’Occident voit ses mythes s’effriter depuis longtemps déjà, on ne peut qu’acquiescer avec amertume. Seulement, il est difficile de croire que Trump se préoccupe réellement de redonner au monde occidental une quelconque profondeur paradigmatique. Ce qu’il veut, c’est surtout un spectacle dans lequel il jouerait le rôle de sauveur héroïque — quitte à incendier la scène pour mieux apparaître sous les projecteurs.Merci encore pour cet échange : il permet, au-delà des analyses froides, de mesurer l’ampleur du chaos stratégique dans lequel nous pataugeons tous. Au plaisir de poursuivre ces réflexions, sur fond de désillusions partagées !

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