Par Le Nexialiste
« Mais t’as vu Dune 2 ? Incroyable ! Le ver, là, énorme ! Et Zendaya trop badass. »
Oui. On l’a vu. Tout le monde l’a vu. Et c’était beau, propre, photogénique.
Mais si tu crois que t’as “vu Dune” parce que tu as regardé deux films léchés où tout le monde chuchote en tunique beige sur fond de Hans Zimmer, alors non.
Tu n’as pas vu Dune. Tu as vu son sarcophage cinématographique.
Parce que Dune n’est pas un film. C’est un système de pensée.
Lire Dune, c’est entrer dans un univers qui ne te divertit pas, mais qui te digère.
C’est être confronté à des pages entières où les personnages pensent, anticipent, calculent des risques politiques, génétiques ou spirituels.
Et ça, au cinéma ? Coupe. Fondu au noir. Musique. Zendaya regarde l’horizon. On zappe la pensée pour la posture. L’analyse pour le ralenti.
Parce que dans Dune, l’essentiel est intérieur.
Herbert a créé des personnages plongés dans leur conscience. Chez Paul, chez Jessica, chez Alia… tout se joue à l’intérieur du crâne.
Sur papier, c’est limpide, vertigineux. À l’écran ? Un acteur fronce les sourcils. La caméra zoome. Et on entend : « J’entends ses pas dans le sable… »
Merci, capitaine métaphore.
Parce que le film dépouille ce que le livre complexifie.
Herbert n’écrit pas une histoire de héros. Il écrit une démolition contrôlée du mythe du héros.
Paul Atréides devient un messie — malgré lui.
Il voit la guerre sainte venir et ne peut l’empêcher.
Il devient Dieu, et en est prisonnier.
Mais dans le film, Paul est un beau garçon mystique avec un destin grandiose. Une version blockbuster du mythe christique. C’est Dune transformé en Star Wars pour intellos sous Lexomil.
Parce que la complexité est l’essence de Dune
- Religion comme virus auto-réplicant
- Biopolitique eugénique millénaire
- Pouvoir charismatique dégénératif
- Écologie planétaire intégrale
- Prescience comme piège temporel
Tu crois vraiment que ça rentre dans 2h45 de film, même avec une bonne DA et des plans désertiques contemplatifs ?
Lire Dune, c’est ralentir pour comprendre que le sablier tourne dans les deux sens.
Voir Dune, c’est laisser un studio filtrer ta digestion intellectuelle.
Parce que le style d’Herbert est une épreuve nécessaire
Son écriture est dense, elliptique, presque organique. Parfois indigeste. Mais c’est ça qui fait sa matière.
Un bon roman de SF, ce n’est pas un scénario de cinéma avec des décors rajoutés. C’est un organisme vivant qui t’assimile, te trouble, te transforme.
Conclusion : l’œil ne pense pas. Le cerveau, si.
Alors oui, tu peux “voir” Dune.
Mais ne prétends pas que tu l’as “compris”. Parce que Dune, ce n’est pas une histoire à consommer. C’est un monde à déchiffrer.
Et ça, ça ne se regarde pas.
Ça se lit.
Ça s’encaisse.
Et parfois, ça se relit.
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