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Lettre d’un ex-utilisateur Android à sa liberté perdue

Ou pourquoi j’ai troqué ma république bordélique contre une monarchie absolue bien huilée.


Après des années passées à bidouiller, rooter et personnaliser tout ce qui pouvait l’être, j’ai fait ce que je m’étais juré de ne jamais faire : passer à l’iPhone. Voici le récit d’un glissement doux vers la dictature la plus confortable du XXIe siècle.


Cher Android,
Je t’écris depuis mon nouvel environnement. Il fait propre, blanc, silencieux. Tout fonctionne. C’est perturbant.

Tu sais, quand je t’utilisais, rien n’était jamais simple — mais tout était possible.
Changer de clavier ? Facile. Installer un APK russe douteux pour tester une appli météo avec radar militaire intégré ? Possible.
Personnaliser les icônes, les polices, le launcher, le menu développeur, la ROM ? Évidemment.
Et puis, le frisson ultime : rooter le téléphone. Prendre le contrôle total, comme un anarchiste numérique qui flashe une custom ROM entre deux cafés.
C’était dangereux. Inconfortable. Mais c’était à moi.


iOS, c’est Versailles.

Tout est rangé. Poli.
On ne te demande pas ton avis, mais on te sourit quand même.
Tu veux changer la police du système ? Non.
Tu veux déplacer une icône pile au centre de l’écran ? Impossible.
Tu veux installer un clavier tiers ? Très bien… mais il sera désactivé à chaque fois que tu entres un mot de passe.

L’iPhone, c’est la dictature éclairée :
On ne t’attache pas.
On t’éduque doucement à ne plus chercher ailleurs.


Android, c’était la république des bricoleurs.

On y croisait des rêveurs, des hackers, des gens qui modifiaient les permissions système comme on retouche une bagnole tunée.
Tu pouvais tout casser.
Mais tu savais pourquoi ça marchait.
Tu sentais encore le cambouis des lignes de code dans le tiroir des paramètres.

Avec Apple, tu reçois ton plat tout chaud.
Tu n’as pas le droit d’entrer en cuisine.
Et après quelques semaines, tu t’y habitues.


Le plus troublant ?

C’est que c’est agréable.

C’est ça, le piège.
Tu te sens pris en charge.
On pense pour toi.
Et un matin, tu réalises que tu n’as plus cherché à “customiser” quoi que ce soit depuis des jours.
Tu n’as plus râlé sur une MAJ.
Tu as glissé, doucement, vers une servitude volontaire.


Conclusion

Je ne dis pas adieu à Android. Je ne ferme pas la porte.
Mais parfois, je me rappelle Android comme d’autres se souviennent de leur jeunesse révolutionnaire :
le cœur brûlant, les nuits blanches, les systèmes instables mais libres.
Et je regarde mon iPhone, froid, impeccable, fluide —
comme un exilé regarde une dictature douce,
en se disant que, finalement, le confort aussi peut avoir du charme.

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